Place de la Fusterie (C.-G. Geissler, 1804)Temple de Charenton, 1623

Au XVIIIe, déjà du Neuf

Construit en 1714 pour offrir un lieu de culte aux protestants français réfugiés à Genève qui fuyaient les persécutions, le temple de la Fusterie est le premier lieu de culte édifié depuis la Réforme du XVIe siècle dans l’enceinte de la Cité. La construction de ce qu’on appèlera le Temps neuf répondait à un besoin pressant, formulé en 1697 déjà: permettre aux fidèles d’assister au culte dans des conditions convenables, dans la mesure où la Révocation de l’Edit de Nantes avait jeté sur les routes des milliers de réfugiés huguenots, dont nombre passaient par Genève, dans l’espoir de s’y installer, sinon d’y faire halte avant de pousser plus à l’est. En 1708, le Conseil de Deux Cents décide donc de bâtir un nouveau lieu de culte, les bâtiments utilisés n’y suffisant pas – pas même le temple de Saint-Pierre !
Le projet est confié à Jean Vennes, architecte français réfugié à Genève – à qui l’on doit également l’actuel Palais de Justice (Hôpital général jusqu’en 1857). Vennes s’inspire de gravures représentant le temple de Charenton, lieu de culte des réformés parisiens, jusqu’à sa destruction en 1686.

Temple de Charenton  aux portes de Paris, détruit en 1685 peu après la Révocation de l'Edit de Nantes

Port de la Fusterie, XVIIIe siècle

Ce Temple Neuf prendra le nom de la place où il se trouvait, la Fusterie. Cette appellation vient du mot «fustiers» qui désigne les charpentiers, artisans de pièces pour les bateaux, partiellement délogés pour permettre la construction du temple.
Aujourd’hui, c’est un lieu convivial et modulable.

 

Eléments d’architecture

L’extérieur, de facture classique, est typique de la sobriété calviniste – et de l’architecture genevoise du début XVIIIe siècle. La façade, de style baroque, inspirera d’autres constructions, dans le canton de Vaud notamment. Les nombreuses fenêtres rendent possible un entrée maximale de la lumière.
L’intérieur est aménagé de telle sorte que les paroles du ministre soient audibles par l’ensemble des fidèles, et que la lecture soit aisée. C’est ainsi que la chaire occupe une place centrale, ce qui répond à la fois à des exigences pratiques et exprime l’importance de la parole de Dieu proclamée dans la liturgie du culte réformé. Aujourd’hui toutefois, elle n’est plus utilisée à cet usage, la communication répondant à d’autres attentes, notamment celle d’une certaine proximité du ministre avec les fidèles.
A l’origine, le lieu était doté d’un parquet en bois, remplacé dans les rénovations des années 70 par du carrelage, ce qui n’ira pas sans compromettre l’acoustique de la voix. Aujourd’hui, l’ajout mesuré de moquette et de rideaux arrondit le son, pour la satisfaction du plus grand nombre, mélomanes inclus, même si d’aucuns émettent des réserves.

L'orgue QuoirinChaire de la Fusterie

Orgues

La construction du premier orgue par Samson Scherrer fut achevée en 1763. Son emplacement au-dessus de la chaire est le même qu’occupe l’orgue actuel, dû au facteur d’orgue Pascal Quoirin et inauguré en juin 1979. Il a été entièrement relevé début 2010, à l’occasion de ses 30 ans.

Pour plus de renseignement sur cet instrument, voir la page de ce site sur les orgues et le vitraux.

 

Entretiens et restaurations

Depuis 1993, la conservation et l’entretien du temple de la Fusterie sont du ressort de la Fondation pour la conservation des temples genevois (construits avant 1907, date de la séparation de l’Eglise et de l’Etat). Un groupe d’étude planchera dès l’automne 2010 en vue d’une nouvelle restauration du lieu, qui marque le coup des années. Ce chantier est important, peut-être inédit: il va en effet s’agir d’articuler plusieurs impératifs, qui s’accordent mal a priori: l’aspect patrimonial, l’isolation (énergétique, phonique), l’esthétique (habillage, lumière), la sécurité (accèssibilité) et, non des moindres dans l’esprit actuel, l’usage du temple dans la perspective d’une présence souple, inventive et moderne.

Plusieurs projets de Temple ouvert

L’expérience actuelle de l’Espace Fusterie n’est pas sans précédent. Au milieu des années 70, de manière tout à fait novatrice, le temple accueille un premier projet d’ouverture sur la Cité appelé ARC (pour désigner un Centre d’accueil, de rencontre et de célébrations). Pour diverses raisons, le projet ne tiendra que quatre ans environ. Ce n’est que très récemment, à la faveur des élans impulsés par « EPG 2005, un formidable défi » que l’Eglise protestante a remis l’ouvrage sur le métier pour encourager l’émergence de cet Espace à côté d’autre pôles d’excellence et de présence novatrice dans le Centre-Ville: le Forum Saint-Pierre, l’Espace Saint-Gervais et l’Espace Pâquis.

Longtemps géré par la paroisse Saint-Pierre-Fusterie, puis « rendu » à l’Eglise protestante par cette même paroisse en raison d’une présence concentrée sur la cathédrale, le temple de la Fusterie accueillera les frères de Taizé pour une prière quotidienne dès septembre 2007, en vue de la Rencontre européenne qui se tiendra à Palexpo en fin d’année. Depuis, cette prière se poursuit sans interruption tous les mercredis (12h30), quelles que soient les activités déployées. Régulièrement ouvert depuis le printemps 2008, l’Espace Fusterie trouve peu à peu son rythme de croisière et son profil dans le paysage genevois. Il est apprécié pour son ouverture à la Cité.