J’ai choisi une parabole qui se trouve dans l’Évangile de Luc, chap.14.
Jésus l’intitule : « L’invitation au repas du Royaume ».

Elle est connue,
mais il est bon la lire avec attention
comme il en est pour les textes bibliques.

Les rabbins disent qu’il est nécessaire de lire 7 fois un texte
pour arriver à en saisir le sens profond.

Elle a  la forme de l’allégorie du repas.
Les repas ont une place importante dans les récits évangéliques,
le partage du pain et du vin, symbole de communion.
C’est le moment de la rencontre, de la rencontre, du vivre ensemble.

Ce texte m’a inspiré des questions
que je vais partager avec vous

1e étape :

Un Roi invite ses sujets à un banquet offert qu’il offre généreusement à tous..
Or voici trois invités qui s’excusent poliment :
ce sont sans doute des paysans bien installés dans la vie.
L’un a acheté un champ, l’autre des bœufs, le 3e s’est marié.
Je me suis demandé pourquoi ils renoncent ainsi à une invitation
de nature quasi officielle qu’en principe,

on ne peut manquer de peur de déplaire au Roi.
Sont-ils occupés par les soucis de leur vie quotidienne,
et des obligations d’ordre matériel ?

Or le banquet est prêt, maintenant :
c’est leur décision d’y participer.

Apparemment ils ont d’autres priorités,
pressés par l’immédiateté de leurs tâches.

Il vous est arrivé sûrement d’entendre des :
je suis pressé, je n’ai pas le temps,
qui vous font renoncer à une rencontre amicale,
qui coupe un téléphone.

2e étape

Le Maître, fâché à juste titre,  
décide d’ ouvrir sa maison à des gens déshérités, des malades, des infirmes.
Ce sont des gens qui n’ont pas de statut social,
et qui sont invités gratuitement, spontanément

Tout change de perspective :
un passage précédent nous fait comprendre que le regard a changé.

Luc 14, 13.
Jésus retourne la situation;
nous ne sommes plus dans le monde du donnant donnant,
mais dans celui de la gratuité, du don.

3e étape

Il y a encore de la place.
Alors l’invitation s’adresse au monde extérieur.
Des inconnus que le serviteur va « forcer » à entrer.
Forcer, obliger, contraindre,
les traductions s’accordent pour adopter l’un  de ces synonymes.

Ce verbe a soulevé des controverses philosophiques et des débats,
vous l’imaginez.

Un exemple : saint Augustin :
 » La contrainte est efficace,
elle est donc bonne si elle est utilisée pour le bien. « 

Et Calvin pour dire que ce moyen peut être utilisé
« pour dompter l’obstination de ceux qui n’obéiraient jamais s’il n’y avait la contrainte ».

L’histoire des humains montre que des moyens de contrainte ont été utilisés pour convertir les gens.
Les dragonnades de Louis 14,
l’Inquisition,
les Conquistadores en Amérique du Sud …

Que faire de ce verbe gênant ?
Que va faire le messager ? 

Va-t-il convaincre , persuader ?
Dire que le Royaume est arrivé,
qu’il adviendra et que l’appel de Dieu nous invite tous et toutes au présent,
et encore et encore à l’avenir. ?

Marion Muller-Collard, « Éclats d’Évangile »

Françoise Gaud 16 avril 2021