PROMESSE

Je ne connais rien de plus beau
Que le bourgeon qui surgit
Sur l’arbre d’hiver

Je ne connais rien de plus beau
Que cette verdeur et cette tendresse
Qui se balance dans le remous des vents

Je ne connais rien de plus beau
Que cette vie qui dort encore
Mais se met à promettre pour réjouir l’univers

Je ne connais rien de plus beau
Que cette douceur et cette victoire
Alors que mille tempêtes et cent gelées nocturnes
Auraient pu en tarir la sève originelle

Je ne connais rien de plus beau
Au seuil des Ecritures
Que cette naissance seconde
Qui fait tout éternel

Sœur Myriam : « Sable et or », poèmes, L’Harmattan 2007

 

 

Évangile de Matthieu chapitre 6, versets 25 sq

Aujourd’hui, nous allons parler de manger, boire, de s’habiller.  le sujet est d’actualité en ce temps de Carême

Ce passage suit les Béatitudes et les recommandations sur le jeûne, l’aumône, l’argent. Il est plaisant à lire, poétique. Il évoque les oiseaux, les lis des champs, il invite à une vacance des soucis quotidiens. Ne vous inquiétez pas, revient à plusieurs reprises.

Or comme tous les textes de la Bible, il nous demande une lecture plus sérieuse.

Cette période de crise que nous vivons m’inspire une réflexion à propos de notre comportement. Magasins fermés, quelle panique ! J’aurais bien besoin de vêtements pour le printemps. Frustration d’enfants gâtés ! Et puis il faut manger, faire des provisions, » on ne sait pas ce qui nous attend. » Cette phrase, vous l’avez entendue. Que dit-elle ? Elle dit surtout la peur du manque, cette peur qui se niche au profond de nous, peur née du sentiment de l’insécurité comme l’enfant qui a besoin de ses parents pour se sentir protégé.

Et alors cette peur nous pousse à accumuler des objets pour faire face à un avenir incertain.

La psychanalyse a son mot à dire avec Françoise Dolto (p.209 «  Les Évangiles et la foi au risque de la psychanalyse », Gallimard 1996)

« En nous,  un état de manque et de souffrance inconscient crée une tension … C’est souvent, alors que, pour y échapper, nous menons une course perpétuelle à la consommation, espérant ainsi camoufler le manque et le malaise qui viennent d’ailleurs, qui viennent d’une dynamique inconsciente du sujet qui a peur de l’inconnu et arrête son désir dans le champ du connu, du prudent, de l’acquis maîtrisable. »

Les païens « ethné » en grec sont visés par le verset 32. Chouraki dans sa traduction de la Bible les nomme les « goïms », les petits, les nains de la foi.

En réalité, il fait allusion à tous les peuples qui cherchent avec passion et angoisse un avoir et y tendent de toutes leurs forces. Leur erreur, c’est de vouloir s’emparer des biens de la création pour les posséder.  

Revenons au texte.

Les humains ont des besoins essentiels, la nourriture, la boisson, le vêtement. Ce sont des besoins légitimes. Jésus a eu faim, soif. Il envoie au village ses disciples chercher à manger. L’image des oiseaux nous parle. Ils trouvent chaque jour la nourriture qui leur est donnée dans la nature. Les lis poussent dans le sable du désert et s’y épanouissent. C’est eux qui nous donnent l’exemple de la confiance en nous apprenant que les biens de la terre sont offerts à tous les vivants.

Le lendemain : personne ne connaît l’avenir, ses risques, ses deuils, ses maladies. C’est maintenant que nous arrivons à l’essentiel :  la confiance, ce sentiment complexe d’abandon, et d’espoir, d’une part s’en remettre à un Dieu Père et d’autre part croire en un avenir qui lui appartient.

Une longue route nous mène à la Source de la Vie.  C’est le chemin de la quête, c’est le désir de mettre sa confiance en un Tout Autre. C’est le désir qu’un jour la paix et le bonheur adviendront dans le Royaume d’un Dieu Père.

FG mars 2021