…Il n’en dévoile pas une lettre, pas une syllabe, pas un son.
Est-ce à croire que Jésus obéit à l’interdit hébraïque de ne pas prononcer le Nom de Dieu ?
Il est vrai qu’en réponse au commandement « de ne pas prononcer le nom du Seigneur, ton Dieu, pour tromper »,
les contemporains de Jésus remplaçaient déjà par « Seigneur » les 4 lettres de l’imprononçable Nom du Dieu des livres du Vieux Testament.

En fait, Jésus témoigne au contraire d’une relation particulièrement intime avec Dieu,
en précisant qu’il s’agit bien du Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, qui s’est révélé à Moïse dans le buisson :
entendez « יהוה YHWH », que nos bibles traduisent soit par Seigneur (avec un « S » majuscule), soit par « Éternel ».

Or si aujourd’hui encore ces 4 lettres du « tétragramme divin » sont imprononçables,
c’est parce que personne au fond ne sait trop comment les lire :
il semble que la racine de ce nom soit un dérivé du verbe « être », en hébreu, mais ni la vocalisation, ni le temps, ni le mode ne sont connus.
Ce qui une fois traduit donne « Je serai qui Je vais être », ou bien « Je suis qui Je suis », « Je suis celui qui devient »,
mais aussi « Je suis Celui qui est… qui était… qui vient ».
Parmi tous les possibles, il est une traduction tout aussi littérale qui fait particulièrement sens :
« Je fais être ce que je fais être », soit « je crée ».

Quel est donc alors le véritable nom de Dieu ?
Si Jésus n’en dit rien, c’est pourtant bien à ce même Nom de 4 lettres, si vaste,
et qui semble disposer d’une puissance intrinsèque,
que nous sommes renvoyés quand l’évangile de Jean nous le présente comme « Celui qui est » : « moi je suis » ;
« moi je suis la résurrection, moi je suis la Vie » ; « Moi je suis la vérité, le chemin ».
Voilà qui est Jésus, qui dira encore « Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je vais le faire ».

De là vient cette formule : « au nom de Jésus-Christ »,
que l’on l’entend parfois encore, à la fin de certaines de nos prières,
comme si le nom lui-même était puissance.
Les néophytes pourraient penser qu’il s’agit là

d’une sorte de formule magique, qui rappelant à Dieu cette promesse, le contraindrait en quelque sorte au résultat.
Ce serait méconnaître deux choses : la première c’est que ce « faire » de la promesse, qui est celui de l’artisan,
signifie tout autant engendrer, enfanter, faire naître, créer ; la deuxième est que s’il est une chose, une seule qu’il est bon de savoir

au sujet du Nom de Dieu, c’est que chaque fois qu’il est question de nom, dans la Bible, et encore au temps de Jésus,
c’est de présence dont il est question : le nom et la personne, c’est la même chose.

Le Nom de Dieu, c’est Dieu lui-même.
Dès lors demander quelque chose « en Son Nom »,
revient à demander quelque chose « en Sa Présence ».

« Tout ce que vous allez demander en ma présence, je vais le faire naître », souffle alors Jésus.
Ce qui ne présage en rien du résultat, mais nous assure, en toute situation, de Sa Présence.

Et c’est bien là ce qu’il nous a promis, oui, avant de nous laisser nous débrouiller comme des grands :
« et voici, moi je suis, moi je crée, moi je fais naître, avec vous, tous les jours, jusqu’à l’accomplissement des temps »

Elisabeth Schenker

 

Site de la revue Perspectives protestantes où vous trouverez de nombreux textes
http://perspectivesprotestantes.ch/