« LE TEMPLE DE LA FUSTERIE A UNE ÂME »

J’ai franchi pour la première fois les portes du temple de la Fusterie il y a quelques années,
pour écouter prêcher le pasteur Vincent Schmid.
J’ai trouvé ce lieu merveilleux dans sa simplicité très huguenote,
sans statue ni vitraux.
Les nombreuses fenêtres tout autour du bâtiment laissent entrer la lumière,
amenant beaucoup de clarté et permet-tant même de voir le ciel !
Une âme émane de ce temple.
Sa façade évoque l’harmonie, l’équilibre, avec son clocheton,
son horloge et son fronton aux armes de la République.
Elle porte le souvenir de trois siècles au cœur de l’Histoire de Genève.
En entrant dans le bâtiment,
je suis encore aujourd’hui parfois surprise par la simplicité de l’espace, très sobre,
voire même dépouillé avec uniquement un orgue et une chaire.
C’est peut-être aussi pour cela que ce temple me touche autant,
moi qui ai un attachement de cœur envers le protestantisme.
La chaire, placée haut, domine, rappelant que l’essentiel est la Parole proclamée.
Le bel orgue est nécessaire pour accompagner le chant des psaumes chers aux huguenots.
La galerie, très particulière, évoque l’architecture des temples protestants du XVIIIe siècle.
Elle m’a toujours frappée. D’ailleurs, je n’en ai vu de pareilles que dans les Cévennes.
Son indéniable appartenance à la tradition réformée me séduit.
Ils étaient nombreux à venir écouter les prédicateurs au verbe fort avant que le temple ne devienne un espace ouvert sur la Cité.
Parmi lesquels des réfugiés qui avaient fui la France à la suite de la révocation de l’édit de Nantes.
Ces dernières années, je suis venue régulière-ment dans ce lieu pour des événements mémorables,
entre autres des expositions de très belle facture sur l’histoire de la Bible ou une autre, plus inattendue, sur la thanatologie.
J’ai également assisté à de nombreux concerts – je me rappelle notamment celui, inoubliable,
du violoniste Tedi Papavrami – des ateliers ou encore des fêtes : des moments heureux dans la joie de se rassembler.
Il s’y passe des choses très intéressantes et enthousiasmantes grâce à une équipe très engagée.
Je suis attachée autant à ce temple qu’à celles et ceux qui le font vivre.
Cet espace dépouillé invite à la méditation, à la prière, à l’apaisement, à la rêverie,
à l’évocation de celles et ceux rassemblés dans ce temple qui a toujours eu une vocation d’accueil.
Cela a encore été le cas très récemment puisqu’il a servi de refuge de nuit pour des personnes sans abri.
Ce bâtiment, témoin privilégié de l’histoire protestante de Genève depuis plus de trois cents ans, a subi les atteintes du temps.
Cela me touche à chaque fois que j’y entre. Il a bien besoin d’une rénovation…
D’ailleurs, on en parle depuis des années.
Mais malgré les travaux devenus indispensables
– je m’inquiète de sa solidité en raison de ses colonnes en bois fendues ;
les cloches se sont tues après un orage ;
la galerie peut-elle encore supporter le poids des auditeurs ?
– je m’y trouve encore bien !

Françoise Gaud
fondatrice et présidente de l’Association des Ami-e-s de l’Espace Fusterie,
qui a contribué ces dernières années au soutien,
au développement et au rayonnement des activités de l’Espace Fusterie.

 

N°7 • ENTRE VOUS ET NOUS • AUTOMNE 2020 2 • TÉMOIGNAGE